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Fait marquant

HAP et soleil, un cocktail cancérigène


Nos travaux confirment le risque de photosensibilisation en cas d’exposition solaire en présence d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). La diminution du métabolisme des HAP par les UV, jamais décrite, induit un délai dans l’accumulation de dommages à l’ADN mais seuls les HAP métabolisés sont éliminés de la peau. L’exposition aux UV pourrait donc allonger la durée de l’exposition dans les tissus.

Publié le 12 février 2020
Les agents qui altèrent la structure chimique de l’ADN au risque de provoquer des cancers peuvent être de nature physique ou chimique. En santé du travail se pose la question des conséquences de la co-exposition à deux de ces agents : les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des produits issus de la combustion de la matière organique, et le rayonnement ultraviolet solaire (UV). De nombreuses activités industrielles utilisent en effet des produits riches en HAP ou en émettent comme sous-produits. Les personnels impliqués dans ces activités se trouvent donc exposés par voie cutanée, et cette contamination peut s’accompagner d’une exposition au soleil après, voire pendant le travail (construction de routes, épandage de goudron, etc.). Nous étudions les actions séparées des HAP et des UV depuis de nombreuses années. C’est donc naturellement que nous nous penchons sur la co-exposition des personnes à ces agents à travers deux projets du Plan Cancer menés en collaboration avec des équipes du CHU de Grenoble.

Nous nous sommes particulièrement intéressés au métabolisme des HAP en travaillant sur des explants de peau humaine étudiés in vitro [1, 2]. Les mécanismes mis en jeu par le métabolisme des HAP permettent aux cellules de convertir ces molécules chimiquement stables en des composés plus facilement éliminés. Une petite fraction de ces métabolites peut malheureusement réagir avec l’ADN pour induire des mutations. Une première observation est que l’irradiation réalisée après le traitement aux HAP, mais non pas avant, diminue la viabilité de la peau, vraisemblablement par induction d’un stress oxydant [3]. Concernant le métabolisme, les résultats sont sans appel. Les mesures de l’expression de gènes du métabolisme, de la production de métabolites et du niveau de dommage dans l’ADN convergent vers une même conclusion : les UV solaires diminuent la capacité des cellules cutanées à métaboliser les HAP, que l’irradiation ait lieu avant ou après le contact avec les produits chimiques [1, 3, 4].
Ces observations apportent un éclairage important en toxicologie. Tout d’abord, elles confirment le risque de photosensibilisation en cas d’exposition solaire en présence de HAP [1, 5]. La diminution du métabolisme des HAP par les UV, jamais décrite, peut être vue de façon positive puisqu’elle induit un délai dans l’accumulation de dommages à l’ADN. Par contre, ce phénomène peut avoir des conséquences négatives dans la mesure où seuls les HAP métabolisés sont éliminés de la peau. L’exposition aux UV pourrait donc allonger la durée de l’exposition dans les tissus.
Il reste à déterminer le rôle du récepteur aux hydrocarbures aromatiques qui contrôle, entre autres, le métabolisme des xénobiotiques (molécules chimiques polluantes et parfois toxiques à l'intérieur d'un organisme) et l’effet des UV sur la transcription [5].



Les hydrocarbures aromatiques polycycliques, HAP, sont des constituants naturels du charbon et du pétrole. Ils peuvent aussi être issus de la combustion incomplète de matières organiques diverses telles que les carburants, le bois, le tabac… Dans l’environnement (air, eau, aliments…), on les trouve généralement liés aux particules issues de la combustion ou de l’usure des matériaux qui les contiennent, ou sous forme gazeuse dans l’air, pour les plus légers d’entre eux.
L’exposition professionnelle aux HAP concernerait près de 1,5 millions de salariés en France (Ministère de l'emploi, 2010) plaçant les HAP en tête des composés responsables de cancers professionnels.

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